J’ai enlevé le point d’interrogation pour mon titre parce que l’idée me semble tout à fait réalisable et pas une simple hypothèse,
mais Le café pédagogique présente un dossier intéressant sous le mode interrogatif: enseigner avec le jeu? Le point de vue du sociologue interviewé tente d’apaiser trop l’enthousiasme, mais je ne suis pas d’accord avec cette prévention, cette peur, je dirais (”il faut appeler les pédagogues à la vigilance et se garder de sombrer dans la complaisance à leur égard”). Passons.
Par contre j’avais déjà été attirée par la thèse de Julian Alvarez sur le “jeu sérieux” qui ouvre cette réflexion sur les jeux en classe, ou plutôt sur l’esprit ludique de certaines immersions, simulations, jeux vidéos, etc.. en enseignement. La thèse tient compte des analyses de l’Université catholique de Louvain à propos de la pédagogie active. Vous savez, on implique les apprenants dans des projets qui ont un sens dans leur cursus académique, et dans lesquels ils sont confrontés à des situations concrètes, à des problèmes bien réels. Intéressantes réflexions sur la tradition scolaire française (on peut généraliser à d’autres) selon laquelle le jeu est opposé à l’effort et c’est l’effort qui est valorisé. Or, rien ne dit qu’une bonne simulation ne pose pas de défis, n’oblige pas à échafauder des hypothèses, à s’exercer. Il faudrait revoir un peu tout ça…
Le dossier nous présente de même un entretien avec Idriss Aberkane, mathématicien chercheur à Standford University, qui aplique des jeux vidéos dans ses cours. Des réflexions de haute volée à propos de notre cerveau et de sa façon d’apprendre: c’est le langage, la grammaire qui créent la pensée? Il n’est pas du tout d’accord.
Enseignement et jeu cependant seraient liés parce que le jeu sollicite la mémoire à long terme, parce qu’il permet de traiter beaucoup d’information sans fatigue, parce qu’il mobilise la motivation en forçant l’utilisateur à faire et à tester des hypothèses, parce qu’il fait appel à l’intuition, “qui est porteuse de plaisir et qu’il faut développer” (j’aime bien cette idée). Sans oublier finalement que le jeu vidéo repose sur l’action: “Notre cerveau est conçu pour l’action(…). Le sens du mouvement est essentiel à l’apprentissage et on peut avoir des performances remarquables quand on l’utilise pour l’enseignement”.
Je n’utilise pas encore des jeux vidéo, mais l’idée me tente. Pour l’instant j’essaye d’introduire mes élèves dans une perspective actionnelle, à travers de webquests, dans des simulations qui ont un rapport avec leur futur travail. Comme lorsque mes économistes rentrent dans le rôle d’entrepreneurs qui installent une entreprise innovante. Comme lorsque mes futurs diplômés en tourisme s’imaginent gérer leur hôtel en France, ou travailler pour une entreprise touristique française. La part de jeu là-dedans est grande, l’appel à l’imagination et à la créativité aussi, même si a priori ces cours n’appartiennent pas à des filières où l’imagination est fortement requise. Mais nul doute, dans leurs évaluations des cours, les élèves soulignent le travail créatif et ludique, le plaisir qu’ils en tirent, et apprécient cet apport dans leur formation. Moi je trouve révolutionnaire: depuis quand le plaisir est à l’honneur en enseignement? Trop fort pour certaines sensibilités, cela remet en question pas mal d’idées reçues sur l’apprentissage…
actualisation 30/05/08: Je viens de voir la nouvelle bannière que Ludovia a créé pour le blog de Mario Asselin tout en s’inspirant de sa passion pour le serious gaming. Je la trouve géniale. Courageuse et géniale: “En même temps, apprendre et avoir du plaisir… c’est loin d’être suspect!”. Si ce n’est pas subversif ça, plaisir et apprentissage ensemble…